Insomnie : pourquoi est-il parfois si difficile de dormir ?
11 août
6 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 sept.

Le sommeil paraît être une fonction naturelle. Pourtant, il suffit parfois de vouloir dormir pour que le sommeil devienne impossible.
La journée est terminée, le corps est fatigué, la lumière est éteinte. Mais les pensées continuent. Une conversation revient. Une inquiétude prend davantage de place. Les événements de la journée sont repassés mentalement. Le lendemain est déjà anticipé.
Pour certaines personnes, l’endormissement prend une heure, parfois davantage. Pour d’autres, le sommeil arrive rapidement mais s’interrompt au milieu de la nuit, avec l’impossibilité de se rendormir.
« Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à dormir alors que je suis épuisé ? »
Cette contradiction est souvent au cœur de l’insomnie : le corps réclame du repos tandis qu’une partie de la vie psychique semble incapable de s’arrêter.
L’insomnie ne se résume pas à un manque de sommeil
Une insomnie peut être ponctuelle. Une période de stress, un événement important, une séparation, un deuil, une difficulté professionnelle ou familiale peuvent temporairement perturber le sommeil.
Lorsque les difficultés se répètent, une véritable appréhension de la nuit peut progressivement apparaître.
La personne ne se couche plus simplement pour dormir. Elle se couche en se demandant si elle va réussir à dormir.
« Il faut absolument que je dorme. »
« Si je ne dors pas maintenant, demain je vais être épuisé. »
« Il ne me reste plus que cinq heures. »
L’heure est regardée. Puis regardée à nouveau.
Le sommeil, qui suppose précisément de ne plus chercher à maîtriser ce qui arrive, devient alors l’objet d’un contrôle permanent.
Et plus il devient nécessaire de dormir, plus le sommeil peut se dérober.
Dormir suppose aussi de pouvoir lâcher quelque chose
La question du sommeil intéresse depuis longtemps la psychanalyse.
Freud développe notamment cette question dans son Complément métapsychologique à la doctrine du rêve.
Il envisage le sommeil comme un état dans lequel le sujet se détourne temporairement des sollicitations du monde extérieur.
Cette conception permet de penser une dimension importante de certaines insomnies : dormir suppose une forme de renoncement à la vigilance.
Il faut accepter de ne plus contrôler ce qui se passe autour de soi, de ne plus agir, de ne plus répondre et, pendant quelques heures, de laisser le monde continuer sans soi.
Pour certaines personnes, ce mouvement s’effectue naturellement.
Pour d’autres, il peut devenir difficile à certains moments de la vie.
Lorsque la tension intérieure reste importante, lorsque quelque chose préoccupe ou lorsque la vigilance demeure nécessaire psychiquement, le passage vers le sommeil peut devenir plus compliqué.
Quand les pensées apparaissent au moment de se coucher
Certaines personnes décrivent un phénomène très précis : elles fonctionnent relativement bien pendant la journée, mais dès qu’elles se couchent, les pensées commencent.
Ce n’est pas forcément un hasard.
Pendant la journée, l’activité fournit de nombreuses possibilités de détourner l’attention : travail, transports, téléphone, enfants, rendez-vous, conversations, obligations.
La nuit modifie cette organisation.
Le silence s’installe. Les sollicitations diminuent. Il n’y a plus nécessairement quelque chose à faire.
Ce qui avait pu rester en arrière-plan pendant la journée peut alors revenir au premier plan.
Une inquiétude jusque-là contenue devient plus présente. Une décision repoussée revient. Une colère se fait entendre. Une séparation ou une perte occupe soudain davantage l’espace psychique.
La personne peut avoir le sentiment que son cerveau choisit le pire moment pour réfléchir.
D’un point de vue psychique, ce moment n’est pourtant pas si étonnant : c’est précisément lorsque l’activité extérieure s’arrête que certains contenus internes deviennent plus perceptibles.
« Je pense à tout et à rien »
Les pensées qui empêchent de dormir ne concernent pas toujours un problème clairement identifiable.
Il peut s’agir d’une succession d’idées apparemment banales : une tâche à accomplir, une phrase prononcée dans la journée, un rendez-vous à prendre, une scène ancienne, puis quelque chose qui pourrait arriver dans plusieurs semaines.
La personne peut alors avoir l’impression de penser « à tout et à rien ».
Pourtant, l’association d’une pensée à une autre n’est pas forcément dépourvue de sens.
L’une des propositions fondamentales de la psychanalyse est précisément de considérer que la pensée ne se réduit pas à ce qui est consciemment voulu ou maîtrisé.
Freud a montré, notamment à travers le rêve et l’association libre, que des liens peuvent exister entre des pensées qui semblent à première vue sans rapport.
Il ne s’agit donc pas de chercher immédiatement une signification cachée derrière chaque insomnie. Mais il peut être intéressant de s’arrêter sur ce qui apparaît précisément lorsque tout le reste se tait.
L’insomnie, l’angoisse et l’anxiété
L’angoisse et l’anxiété accompagnent fréquemment les difficultés de sommeil.
L’anxiété peut prendre la forme de préoccupations relativement identifiables : inquiétudes professionnelles, difficultés financières, problèmes familiaux, peur de la maladie, séparation ou événement à venir.
À d’autres moments, ce qui empêche de dormir est plus difficile à identifier. Une tension est présente, parfois accompagnée de sensations corporelles ou d’un sentiment diffus de menace, sans que la personne puisse nécessairement dire ce qui l’inquiète.
L’angoisse peut alors être ressentie avant même de pouvoir être mise en mots.
La nuit peut rendre cette tension particulièrement perceptible. Le corps est couché, mais reste en état d’alerte. Le moindre bruit attire l’attention. Les sensations corporelles deviennent plus présentes. Une pensée inquiétante suffit parfois à relancer tout le processus.
L’insomnie peut ainsi devenir l’une des manifestations d’une souffrance psychique qui ne trouve pas encore facilement à se dire autrement.
Se réveiller au milieu de la nuit et ne plus réussir à dormir
L’insomnie ne concerne pas uniquement l’endormissement.
Certaines personnes se réveillent régulièrement au milieu de la nuit avec le sentiment d’être immédiatement en éveil.
Parfois, une pensée apparaît presque instantanément.
D’autres fois, il n’y a apparemment aucune raison.
Puis commence l’attente : essayer de se rendormir, changer de position, regarder l’heure, calculer le temps de sommeil restant.
Là encore, l’inquiétude concernant le sommeil finit parfois par devenir une partie du problème.
Un réveil nocturne qui aurait pu rester banal prend une autre dimension :
« Ça recommence. »
À partir de cet instant, la nuit n’est plus seulement interrompue. Elle devient une épreuve anticipée et connue, avec tout ce que les nuits précédentes ont déjà laissé comme fatigue et comme appréhension.
Quand la fatigue et l’insomnie s’entretiennent
L’une des expériences les plus éprouvantes de l’insomnie est de se sentir épuisé sans parvenir pour autant à dormir.
La fatigue s’accumule. La concentration devient plus difficile. L’irritabilité augmente. Les activités quotidiennes demandent davantage d’efforts.
Et pourtant, au moment de se coucher, l’endormissement ne vient pas nécessairement.
Un cercle peut progressivement s’installer : la mauvaise nuit provoque de la fatigue ; la fatigue augmente l’importance accordée à la nuit suivante ; cette pression renforce l’appréhension de ne pas dormir ; et l’appréhension elle-même rend l’endormissement plus difficile.
Le lit peut finir par ne plus être associé au repos mais à l’attente, aux pensées et à l’échec du sommeil.
Ce que l’insomnie peut venir signaler
Dans une approche psychanalytique, il ne s’agit pas de considérer que toute insomnie aurait nécessairement une cause psychologique cachée.
Les difficultés de sommeil peuvent avoir des origines très différentes, et certaines nécessitent une évaluation médicale.
Mais lorsque l’insomnie apparaît dans une période particulière ou s’accompagne d’une souffrance psychique, il peut être intéressant de s’interroger sur le moment auquel elle survient et ce qui l’accompagne.
Qu’est-ce qui se passe actuellement dans la vie de la personne ?
Qu’est-ce qui est devenu plus difficile ?
Quelles pensées apparaissent lorsque le sommeil ne vient pas ?
Pourquoi est-il devenu si difficile de relâcher la vigilance ?
La question n’est alors plus seulement :
« Comment réussir à dormir ? »
Elle peut également devenir :
« Qu’est-ce qui ne parvient pas à se mettre au repos ? »
Cette question ne fournit pas une explication toute faite. Elle ouvre plutôt un espace permettant d’écouter autrement ce qui se manifeste dans l’insomnie.
Quand consulter pour une insomnie ?
Lorsque les difficultés de sommeil deviennent régulières, durent dans le temps ou entraînent une fatigue importante dans la journée, il est important de ne pas en réduire systématiquement l’origine à une difficulté psychologique.
Un avis médical peut être nécessaire afin de rechercher notamment un trouble du sommeil ou une cause somatique et d’orienter vers une prise en charge adaptée.
Lorsque l’insomnie s’inscrit dans un contexte d’angoisse, d’anxiété, de deuil, de séparation, d’épuisement, de difficultés relationnelles ou d’une période de bouleversement personnel, un travail psychologique peut parallèlement permettre de comprendre ce qui maintient cet état de tension.
Il ne s’agit pas uniquement de faire disparaître le symptôme à tout prix, mais de pouvoir entendre ce qu’il vient parfois signaler dans un moment particulier de l’existence.
Dans mon cabinet de psychologue à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, proche de Paris, je propose un espace d’écoute permettant d’accompagner les personnes confrontées à l’insomnie, à l’angoisse, à l’anxiété, à l’épuisement ou à une souffrance psychique venant perturber leur sommeil et leur quotidien.
Le travail thérapeutique peut permettre de mettre en mots ce qui reste en tension et de mieux comprendre ce qui se joue derrière ces difficultés de sommeil.
Références psychanalytiques :
Sigmund Freud, Complément métapsychologique à la doctrine du rêve (1917 [1915]).


