« Je n’arrive pas à faire mon deuil » : comprendre ce qui se joue dans la perte
21 août
6 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 sept.

La question du deuil est souvent associée à la mort d’un proche.
Pourtant, nous pouvons être confrontés à un travail de deuil chaque fois qu’une perte vient bouleverser quelque chose de notre vie : la disparition d’une personne, mais aussi une séparation, la fin d’une relation, l’abandon d’un projet ou encore la nécessité de renoncer à quelque chose que nous avions imaginé pour nous-mêmes.
Certaines pertes sont visibles et reconnues par l’entourage. D’autres le sont beaucoup moins. Il arrive alors de souffrir sans parvenir immédiatement à comprendre ce qui a été perdu.
« Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à passer à autre chose ? »
Derrière cette question peut se trouver bien davantage que la difficulté à accepter une réalité.
Une perte peut venir toucher à la place qu’une personne, une relation, un projet ou un idéal occupait dans notre histoire.
Qu’est-ce qu’un deuil ?
Dans le langage courant, le deuil désigne principalement ce que nous traversons après la mort d’un proche.
Mais la notion de deuil peut être entendue plus largement.
Une séparation amoureuse, une rupture familiale, la perte d’un emploi, l’impossibilité de réaliser un projet important ou encore un changement de vie peuvent confronter une personne à quelque chose auquel elle doit renoncer.
Il ne s’agit pas de considérer que toutes les pertes sont équivalentes. La mort d’un proche possède évidemment une réalité particulière et irréversible. Mais différentes expériences peuvent engager un travail psychique autour de ce qui n’est plus, de ce qui ne sera pas ou de ce qui ne peut plus être comme auparavant.
Parfois, ce que l’on perd n’a même jamais véritablement existé dans la réalité : cela peut être un avenir que l’on avait imaginé, une représentation de soi, un idéal ou encore ce que l’on espérait d’une relation.
« Comment accepter que les choses ne soient pas comme je les avais imaginées ? »
Pourquoi certaines pertes sont-elles si difficiles à traverser ?
La souffrance liée à une perte ne dépend pas seulement de l’événement lui-même. Elle dépend aussi de ce que la personne, la relation ou le projet représentait pour celui qui le perd.
Une même séparation, un même changement de vie ou même un décès au sein d’une famille ne seront donc jamais vécus exactement de la même manière par deux personnes.
La perte peut venir bouleverser une place, une identité, un sentiment de sécurité ou une représentation de l’avenir. Elle peut également réveiller d’autres séparations ou d’autres pertes appartenant à l’histoire personnelle.
C’est parfois ce qui rend la souffrance difficile à comprendre :
« Pourquoi est-ce que cela me bouleverse autant ? »
Ce qui semble disproportionné au regard de la situation présente peut prendre un autre sens lorsqu’il est entendu dans l’histoire singulière de la personne.
Que signifie vraiment « faire son deuil » ?
L’expression « faire son deuil » est très courante. Elle peut pourtant donner l’impression qu’il faudrait parvenir à accomplir une tâche, puis considérer qu’elle est terminée.
On entend parfois : « Il faut tourner la page », « Il faut accepter », « Il faut avancer ».
Mais le travail du deuil ne consiste pas nécessairement à effacer ce qui a été perdu ni à ne plus en souffrir.
Lorsqu’il s’agit de la mort d’un proche, les souvenirs et le lien à la personne disparue peuvent continuer à occuper une place importante.
Lorsqu’il s’agit d’une séparation, d’un projet abandonné ou d’un idéal auquel il faut renoncer, ce qui a été vécu ne disparaît pas davantage de l’histoire.
Il s’agit plutôt de pouvoir progressivement composer avec une réalité nouvelle et avec ce que cette perte vient modifier pour soi.
Continuer à vivre ne signifie pas oublier.
Pourquoi la douleur peut-elle revenir alors que je pensais aller mieux ?
Le deuil n’évolue pas nécessairement de manière régulière.
Il peut y avoir des périodes pendant lesquelles la souffrance semble moins présente, puis un événement, une date, une rencontre, un lieu ou parfois simplement une pensée vient la réactiver.
« Je pensais avoir dépassé cela. Pourquoi est-ce que ça revient maintenant ? »
Ce retour ne signifie pas nécessairement que rien n’a changé.
Certains moments de la vie peuvent donner une nouvelle signification à une perte ancienne. Une naissance, une nouvelle relation, un anniversaire, un changement professionnel ou familial peuvent faire réapparaître ce qui semblait jusque-là plus apaisé.
La perte elle-même ne change pas, mais la place qu’elle occupe dans notre histoire peut continuer à se transformer.
Pourquoi peut-on ressentir de la culpabilité après une perte ?
Certaines pertes font apparaître des regrets, des reproches ou des questions qui peuvent devenir envahissantes.
Après la mort d’un proche, il est possible de penser :
« Est-ce que j’aurais pu faire quelque chose ? »« Pourquoi ne lui ai-je pas dit cela ? »
Après une séparation :
« Est-ce que j’aurais pu sauver cette relation ? »« Est-ce que j’ai pris la bonne décision ? »
Les relations humaines ne sont jamais constituées d’un seul sentiment. Elles peuvent mêler l’amour, l’attachement, la colère, la déception, le désir de rester et parfois celui de partir.
La perte peut alors confronter une personne à cette ambivalence. Certaines choses ne pourront plus être dites ou réparées de la manière dont elle l’aurait souhaité.
Pouvoir parler de ces sentiments contradictoires peut faire partie du travail psychique autour de la perte.
Peut-on faire le deuil de quelque chose que l’on n’a jamais eu ?
Certaines souffrances sont particulièrement difficiles à reconnaître parce qu’elles concernent non pas quelque chose qui a existé puis disparu, mais quelque chose qui avait été imaginé et qui ne pourra pas advenir comme prévu.
Il peut s’agir d’un projet de vie, d’un désir d’enfant, d’une certaine représentation de la maternité ou de la parentalité, d’une carrière, d’un couple tel qu’on l’avait imaginé ou encore d’une image de soi à laquelle il devient nécessaire de renoncer.
Ces pertes peuvent être peu visibles pour l’entourage.
« Pourquoi est-ce que je souffre autant de quelque chose qui n’a même pas eu lieu ? »
Parce que ce qui est perdu ne se réduit pas toujours à une réalité matérielle.
Nos attentes, nos désirs, nos projets et nos représentations participent également à la manière dont nous construisons notre histoire et envisageons notre avenir.
Renoncer à l’un d’eux peut donc engager un véritable travail psychique.
Quand une perte vient-elle réveiller quelque chose de plus ancien ?
Une perte actuelle peut parfois entrer en résonance avec une autre expérience.
Une séparation peut réactiver un sentiment d’abandon. Un décès peut faire revenir le souvenir d’une disparition ancienne. L’échec d’un projet peut toucher à des questions plus anciennes de reconnaissance, de valeur personnelle ou de place.
Cela ne signifie pas qu’une perte actuelle ne serait qu’un prétexte pour parler du passé. Elle possède sa propre réalité.
Mais comprendre pourquoi un événement nous atteint de cette manière peut parfois nécessiter d’entendre ce qu’il vient rencontrer dans notre histoire.
Dans une approche psychanalytique, il ne s’agit donc pas de chercher une signification universelle au deuil. La question est plutôt de comprendre ce que cette perte représente pour cette personne-là, à ce moment-là de son existence.
Quand consulter un psychologue après une perte ?
Il n’existe pas de moment précis auquel il faudrait consulter.
Certaines personnes éprouvent rapidement le besoin de parler. D’autres traversent seules une période de deuil avant de ressentir, parfois bien plus tard, que quelque chose reste particulièrement douloureux.
La consultation peut offrir un espace lorsque la tristesse, le sentiment de vide, la culpabilité, la colère ou l’impression de ne pas parvenir à avancer deviennent difficiles à porter.
Mais il n’est pas nécessaire de savoir exactement ce qui pose problème pour demander de l’aide.
La demande peut commencer simplement par :
« Je sais que quelque chose est terminé, mais je n’arrive pas à m’en détacher. »
Le travail psychologique n’a pas pour objectif d’apprendre à « tourner la page » ni de déterminer combien de temps devrait durer un deuil.
Il peut permettre de mettre en mots ce qui a été perdu, mais aussi de comprendre ce que cette perte vient représenter singulièrement dans l’histoire de la personne.
Dans mon cabinet de psychologue à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, proche de Paris, je propose un espace d’écoute permettant d’accompagner les personnes confrontées à un deuil, une séparation, une perte ou un événement de vie venant bouleverser leur équilibre psychique.


