« Je suis hypersensible » : « quand tout touche »

« Je suis hypersensible. »« Je prends tout à cœur. »« Tout me touche. »« Je ressens tout très fort. »« Je pleure pour un rien. »« Je suis quelqu’un d’entier. »
Le terme hypersensibilité est aujourd’hui très présent.
Certaines personnes se reconnaissent dans ce mot avant même de consulter un psychologue. D’autres arrivent en consultation en disant simplement qu’elles ont toujours été « trop sensibles », qu’elles prennent les choses très à cœur ou qu’une parole, un regard, un silence ou une déception peuvent les affecter profondément.
Mais que signifie véritablement être hypersensible ?
Derrière un même mot peuvent se trouver des expériences très différentes.
L’hypersensibilité peut être une manière de nommer une grande intensité émotionnelle, le sentiment d’être facilement atteint par ce qui vient de l’autre, une difficulté à se détacher de ce qui a été dit ou vécu, ou encore l’impression que ce qui semble glisser sur les autres laisse, chez soi, une trace durable.
Il ne s’agit donc pas ici de définir ce que serait « une personne hypersensible », mais d’interroger ce que ce mot peut venir nommer pour une personne singulière.
« Quand tout touche » ?
Le mot « sensible » vient du latin sensibilis, lui-même dérivé de sentire, « percevoir par les sens ». Être sensible renvoie ainsi, à l’origine, à la capacité de recevoir une impression, d’être affecté par ce qui vient de l’extérieur.
Au fil de son histoire, le mot s’est également déplacé vers le registre affectif : être sensible, c’est aussi pouvoir être touché, ému.
Le préfixe « hyper- » introduit l’idée d’un au-delà, d’un excès ou d’une intensité accrue.
Parler d’hypersensibilité, c’est donc déjà dire quelque chose d’une sensibilité éprouvée comme particulièrement intense : l’impression d’être touché davantage, plus profondément, parfois au-delà de ce que la personne elle-même parvient à contenir.
C’est dans cette double dimension que peut s’entendre ici l’expression « quand tout touche » : ce qui touche psychiquement peut parfois être éprouvé jusque dans le corps.
Une gorge qui se serre, un nœud dans le ventre, une oppression, le cœur qui s’accélère, une tension qui s’installe ou des larmes qui surgissent : ce qui affecte ne reste pas nécessairement du côté de la pensée ou du sentiment.
Être touché peut alors presque s’entendre au sens littéral : ce qui atteint psychiquement semble parfois atteindre la personne jusque dans son corps.
« Je prends tout à cœur » : quand ce qui vient de l’autre atteint profondément
Certaines personnes décrivent une sensibilité particulièrement importante à ce qui vient de l’autre.
Une remarque apparemment anodine peut continuer à être pensée plusieurs heures ou plusieurs jours plus tard. Une critique peut être vécue très douloureusement. Un silence, une absence de réponse ou un changement dans l’attitude de l’autre peuvent susciter de nombreuses interrogations.
« Une remarque peut me gâcher toute ma journée. »
« Je sais que ce n’est probablement rien, mais je n’arrive pas à ne pas y penser. »
« Je me demande tout de suite si j’ai fait quelque chose de mal. »
Ce qui paraît insignifiant pour quelqu’un d’autre peut ainsi prendre une tout autre intensité.
La question n’est pas nécessairement de savoir si la personne « réagit trop », mais de chercher à comprendre ce qui, dans cette parole, ce regard, cette absence ou ce silence, vient la toucher avec une telle intensité.
Ce qui est éprouvé dans le présent peut parfois faire écho à une expérience plus ancienne, à une relation, à un sentiment de rejet, d’abandon ou d’humiliation, à la crainte de perdre l’autre ou encore à la place que la personne pense occuper dans son regard.
« Je pleure pour un rien » : quand les larmes surgissent facilement
L’hypersensibilité peut aussi être décrite à travers la facilité avec laquelle les larmes apparaissent.
« Je pleure pour un rien. »« Dès que quelque chose me touche, les larmes montent. »« Je n’arrive pas à retenir mes larmes. »
Une remarque, un conflit, une déception ou une émotion peuvent provoquer des pleurs dont l’intensité surprend parfois la personne elle-même.
« Je sais que ce n’est pas si grave, mais je n’arrive pas à m’arrêter de pleurer. »
Les larmes donnent alors à voir quelque chose de ce qui est éprouvé : ce qui touche ne reste pas seulement du côté de la pensée ou de l’affect, mais trouve également à s’exprimer dans le corps.
La souffrance peut aussi venir du regard porté sur ces pleurs.
La personne peut se reprocher d’être « trop sensible », avoir honte de pleurer devant les autres ou considérer qu’elle devrait parvenir à mieux se contrôler.
À l’émotion première peut alors s’ajouter une autre difficulté : celle de ne pas accepter sa propre manière d’être affecté.
Cette difficulté peut aussi se nourrir de l’écart entre la manière dont la personne se vit et une représentation idéale d’elle-même : celle de quelqu’un qui serait fort, presque invulnérable, capable de tout affronter sans être atteint. Face à cette figure parfois fantasmée du « guerrier », le fait de pleurer facilement, d’être bouleversé ou de se sentir vulnérable peut alors être vécu comme une défaillance.
« Je suis quelqu’un d’entier » : vivre les relations avec intensité
Toutes les personnes ne parlent pas nécessairement d’hypersensibilité. Certaines disent plutôt :
« Je suis quelqu’un d’entier. »
Cette expression peut désigner une manière de s’engager fortement dans les relations et dans ce qui est éprouvé : aimer intensément, être profondément touché par une déception, beaucoup attendre d’une relation ou éprouver difficilement une distance ou un éloignement.
La sensibilité vient alors interroger la relation à l’autre.
Une parole peut rassurer ou, au contraire, profondément déstabiliser. Le regard de l’autre peut prendre une importance considérable. Son silence ou son éloignement peuvent devenir difficiles à supporter.
La question peut alors progressivement se déplacer : qu’est-ce qui rend ce qui vient de l’autre si déterminant ?
Se sentir particulièrement vulnérable face aux autres
Certaines personnes décrivent également le sentiment de ne pas posséder les mêmes protections que les autres.
« J’ai l’impression de ne pas avoir de carapace. »« Tout m’atteint. »« Les autres arrivent à encaisser. Moi, je garde tout. »
Il peut exister l’impression d’évoluer dans un monde auquel les autres semblent mieux armés pour faire face.
Ce sentiment dit quelque chose de plus que la seule intensité des émotions. Il évoque un sentiment de vulnérabilité, comme si ce qui vient de l’extérieur pouvait plus facilement atteindre, envahir ou bouleverser.
La question de ce qui permet de se sentir psychiquement protégé peut alors se poser.
Quand ce qui vient de l’extérieur fait effraction
La psychanalyse permet précisément de penser la question de la protection face à ce qui vient de l’extérieur.
Freud développe notamment la notion de pare-excitation pour penser une fonction de protection de l’appareil psychique face à des excitations qui, par leur intensité, risqueraient de le déborder.
La notion d’effraction prend une importance particulière lorsqu’il est question de traumatisme : quelque chose survient avec une intensité telle que les possibilités habituelles d’élaboration psychique se trouvent débordées.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une personne qui se définit comme hypersensible aurait nécessairement vécu un traumatisme.
Mais, pour certaines personnes, l’impression que « tout touche » peut prendre une signification particulière au regard de leur histoire.
Des expériences de violence, d’agression ou de traumatisme peuvent modifier le rapport à ce qui vient de l’extérieur. La personne peut devenir particulièrement attentive à ce qui pourrait de nouveau la menacer, l’envahir ou l’atteindre.
La question peut alors se déplacer :
« Pourquoi suis-je aussi sensible ? »
peut parfois devenir :
« Qu’est-ce qui, dans mon histoire, fait que certaines situations m’atteignent aujourd’hui avec une telle intensité ? »
Hypersensibilité et hypervigilance : quand l’attention reste en alerte
Lorsqu’une personne se sent particulièrement vulnérable à ce qui pourrait l’atteindre, une forme d’hypervigilance peut parfois s’installer.
Un changement de ton, un regard différent, un silence inhabituel, un message qui reste sans réponse ou une attitude légèrement plus distante peuvent être immédiatement repérés.
« Je remarque tout. »« Je sens tout de suite quand quelque chose a changé. »« Dès que quelqu’un change de ton avec moi, je me demande ce qui se passe. »
La personne peut alors rester particulièrement attentive à ce qui pourrait annoncer une critique, un rejet, un conflit, un éloignement ou une menace.
Cette attention constante peut elle-même devenir épuisante.
Mais là encore, hypervigilance et hypersensibilité ne sont pas synonymes. L’hypervigilance peut avoir des significations très différentes selon l’histoire de la personne et, dans certains cas, s’inscrire notamment dans les suites d’expériences traumatiques.
Il s’agit donc moins de poser une nouvelle étiquette que d’interroger ce qui maintient la personne dans cet état d’attention particulière à ce qui vient de l’extérieur ou de l’autre.
Ressentir intensément signifie-t-il nécessairement souffrir ?
Une grande sensibilité n’est pas nécessairement une difficulté psychologique.
Être profondément ému par une œuvre, une rencontre, une parole ou un paysage, éprouver intensément l’amour, la joie ou l’attachement ne constitue pas en soi quelque chose dont il faudrait se débarrasser.
La question devient différente lorsque cette sensibilité est vécue comme une source de souffrance.
Lorsque la moindre critique blesse profondément, lorsque le regard de l’autre devient déterminant, lorsqu’une relation occupe toute la pensée, lorsque chaque silence est interrogé ou lorsque ce qui est ressenti devient tellement intense qu’il envahit la vie quotidienne, la personne peut souhaiter comprendre ce qui se joue pour elle.
Il ne s’agit alors pas nécessairement de devenir « moins sensible ».
Il peut plutôt s’agir d’interroger pourquoi certaines choses touchent avec une telle intensité et ce qu’elles viennent toucher dans l’histoire singulière de la personne.
Et lorsque, au contraire, plus rien ne touche ?
À l’inverse, certaines personnes peuvent avoir le sentiment de ne plus rien ressentir ou d’être devenues « insensibles ».
« Je me sens loin de tout. »« Je me sens détaché(e). »« Plus rien ne me touche. »
Cette apparente insensibilité ne signifie pourtant pas nécessairement une absence d’affects.
Elle peut parfois constituer une manière de se protéger de ce qui serait autrement trop douloureux, trop intense ou difficile à élaborer.
Hypersensibilité et insensibilité ne sont donc pas nécessairement deux expériences aussi opposées qu’elles le paraissent.
Chez une même personne, des moments où « tout touche » peuvent parfois alterner avec d’autres où, au contraire, plus rien ne semble pouvoir atteindre.
La question de ce détachement mériterait cependant d’être interrogée pour elle-même : ce qui apparaît comme une absence de sensibilité peut recouvrir des expériences psychiques très différentes.
Hypersensibilité et HPI : est-ce la même chose ?
Les termes hypersensibilité et HPI (haut potentiel intellectuel) sont aujourd’hui parfois rapprochés dans les discours courants.
Ils ne doivent pourtant pas être confondus.
Une personne peut se reconnaître dans le terme d’hypersensibilité sans être HPI, et le fait d’être identifié comme HPI ne permet pas, à lui seul, de conclure qu’une personne est hypersensible.
Surtout, lorsqu’une personne consulte parce qu’elle souffre de ce qu’elle nomme son hypersensibilité, l’étiquette ne suffit pas à comprendre ce qu’elle traverse.
La question clinique reste celle de son expérience singulière : qu’est-ce qui la touche ? Dans quelles situations ? Avec quelles personnes ? Depuis quand ? Et quelle place cette sensibilité occupe-t-elle dans son existence ?
« Comment savoir si je suis hypersensible ? »
Se reconnaître dans le terme d’hypersensibilité peut parfois apporter un soulagement.
Une personne qui s’est longtemps sentie différente, « trop sensible » ou incomprise peut avoir l’impression de trouver enfin un mot pour décrire quelque chose de son expérience.
Autour de ce terme se sont également constitués des espaces d’échange, des forums, des groupes et même des associations réunissant des personnes qui se reconnaissent comme hypersensibles. Pouvoir rencontrer d’autres personnes qui décrivent des expériences semblables peut contribuer à rompre un sentiment d’isolement.
Mais un mot qui permet de se reconnaître peut aussi progressivement devenir une manière de se définir.
« Je suis hypersensible. »
La formulation elle-même mérite alors d’être entendue : il ne s’agit plus seulement de dire « certaines choses me touchent avec une grande intensité », mais « je suis ».
Or, l’hypersensibilité ne dit pas tout d’une personne et ne devrait pas avoir à constituer une identité. Lorsqu’une étiquette semble expliquer à elle seule les émotions, les relations, les difficultés ou la manière d’être au monde, elle peut aussi venir refermer des questions qu’elle avait d’abord permis d’ouvrir.
Dire « je suis hypersensible » peut décrire quelque chose d’une expérience. Cela ne dit pas nécessairement pourquoi cette personne est touchée par telle parole plutôt qu’une autre, pourquoi le regard de telle personne prend une importance particulière, pourquoi une séparation est si douloureuse, pourquoi certaines situations provoquent des manifestations corporelles ou pourquoi l’attention reste parfois constamment tournée vers ce qui pourrait venir de l’autre.
La question peut alors progressivement se déplacer :
non plus seulement « suis-je hypersensible ? », mais « qu’est-ce que ce mot vient nommer de mon expérience singulière ? »
Quand consulter un psychologue pour une hypersensibilité ?
Il n’existe pas de seuil à partir duquel une sensibilité deviendrait « trop importante ».
Une consultation peut être envisagée lorsque ce qui est appelé hypersensibilité devient source de souffrance, lorsque les émotions semblent régulièrement submerger, lorsque les paroles ou les réactions des autres sont vécues très douloureusement, lorsque les relations deviennent particulièrement éprouvantes ou lorsqu’il devient difficile de comprendre pourquoi certaines situations affectent autant.
Une demande qui commence par :
« Je suis hypersensible et je voudrais apprendre à moins ressentir. »
peut alors progressivement ouvrir d’autres questions :
Qu’est-ce qui touche autant ? Qu’est-ce qui est redouté ? Pourquoi certaines paroles atteignent-elles davantage que d’autres ? Quelle place occupe le regard de l’autre ? Et qu’est-ce que cette sensibilité vient raconter de l’histoire singulière de la personne ?
Consulter un psychologue à Levallois-Perret lorsque « tout touche »
Se définir comme hypersensible peut permettre de mettre un premier mot sur une expérience parfois difficile à expliquer.
Le travail thérapeutique n’a cependant pas nécessairement pour objectif de faire disparaître cette sensibilité ou d’apprendre à ne plus ressentir.
Il peut permettre d’interroger ce qui, pour une personne, touche, atteint ou bouleverse, la place que cela prend dans son histoire et dans ses relations, et de mettre progressivement des mots sur ce qui, jusque-là, pouvait surtout être éprouvé.
Si vous souhaitez prendre rendez-vous pour une première consultation, vous pouvez me contacter par téléphone au 06 15 15 61 63 ou prendre rendez-vous directement sur Doctolib.
Je vous reçois à mon cabinet de psychologie à Levallois-Perret, à proximité du métro Anatole France.


