Consulter un psychologue après un viol ou une agression sexuelle

« Je n’arrive toujours pas à dire le mot. »
« Je pensais que c’était derrière moi, mais ça revient. »
« Je n’ai pas crié. Je ne me suis pas défendue. Pendant longtemps, je me suis demandé pourquoi. »
« Je voudrais en parler, mais je ne sais pas par où commencer. »
Après un viol, il n’existe pas une seule manière de réagir.
Certaines personnes ressentent immédiatement le besoin de parler de ce qu’elles ont subi.
D’autres n’en parlent que beaucoup plus tard.
Certaines éprouvent une souffrance psychique très importante dans les jours ou les semaines qui suivent, tandis que pour d’autres, les conséquences apparaissent ou deviennent perceptibles avec le temps.
Il arrive également qu’une personne poursuive sa vie quotidienne, travaille, s’occupe de ses enfants, entretienne des relations et donne extérieurement le sentiment que rien n’a changé, alors même que quelque chose demeure profondément douloureux.
Consulter un psychologue peut alors permettre d’ouvrir un espace pour ce qui s’est passé, mais aussi pour ce qui continue parfois à se manifester bien après.
Consulter après un viol ne signifie pas nécessairement devoir raconter immédiatement, ni dans le détail, ce qui s’est passé.
Avoir subi un viol sans parvenir à le nommer
Il arrive qu’une personne mette du temps avant de pouvoir employer le mot « viol » pour parler de ce qu’elle a vécu.
« Je savais que je ne voulais pas, mais je n’ai rien dit. »
« C’était mon conjoint. »
« J’avais accepté au début, puis je ne voulais plus. »
« Je n’ai pas réussi à le repousser. »
« Je suis restée complètement immobile. »
La difficulté à nommer ce qui s’est passé peut parfois être renforcée lorsque l’agresseur était connu, aimé ou investi d’une relation de confiance.
Il peut alors exister un écart entre ce que la personne sait de l’événement et ce qu’elle parvient psychiquement à reconnaître ou à mettre en mots.
Parfois, le mot lui-même semble impossible à prononcer.
La consultation peut être un lieu où cette parole se construit progressivement, sans qu’un rythme soit imposé à la personne.
Le viol est-il toujours commis par un inconnu ?
L’image du viol commis par un inconnu ne correspond qu’à une partie des situations.
Les violences sexuelles peuvent être commises par une personne connue de la victime : un partenaire ou un ancien partenaire, une connaissance, un ami, mais aussi un membre de la famille.
Les données nationales disponibles montrent qu’une part importante des victimes de violences sexuelles connaissait l’auteur des faits.¹
Lorsque les violences sexuelles ont lieu dans un contexte incestueux, d’autres dimensions peuvent rendre la parole particulièrement difficile : les liens familiaux, la relation affective avec l’agresseur, la dépendance de l’enfant à l’égard des adultes, la peur de ne pas être cru, mais aussi les phénomènes de loyauté et de silence.²
Il peut alors être particulièrement difficile de faire coexister psychiquement deux réalités : la personne qui a commis les violences peut également être une personne aimée, proche ou occupant une place importante dans l’histoire de la victime.
Cette proximité ne diminue en rien la réalité de la violence subie. Elle peut au contraire participer à la difficulté à la reconnaître, à la nommer et, parfois, à en parler longtemps après les faits.
« Pourquoi je ne me suis pas défendu(e) ? »
Cette question peut devenir particulièrement douloureuse après une agression sexuelle.
Certaines personnes se reprochent de ne pas avoir crié, frappé, fui ou repoussé l’agresseur.
Pourtant, face à une menace, la réaction n’est pas toujours la fuite ou la lutte. La sidération est une réaction possible : une personne peut se retrouver momentanément incapable d’agir ou de fuir.³
Après coup, ce qui s’est passé peut être relu à partir de ce que la personne pense qu’elle aurait dû faire :
« J’aurais dû partir. »
« J’aurais dû comprendre. »
« J’aurais dû me défendre. »
« Pourquoi suis-je restée ? »
Ces questions peuvent nourrir une profonde culpabilité.
Ne pas avoir réussi à se défendre, être resté immobile, avoir eu peur ou ne pas avoir su comment réagir ne transfère pas la responsabilité de l’agression à celui ou celle qui l’a subie.
La honte et la culpabilité après un viol
La honte peut occuper une place considérable après un viol.
Honte de ce qui s’est passé.
Honte de son corps.
Honte d’en parler.
Parfois même, honte d’être regardé par ceux qui savent.
La culpabilité peut prendre une autre forme : la personne cherche ce qu’elle aurait pu faire pour empêcher l’événement.
« Pourquoi suis-je allé(e) chez lui ? »
« Pourquoi avais-je bu ? »
« Pourquoi lui ai-je fait confiance ? »
« Pourquoi suis-je retourné(e) le voir ensuite ? »
Il peut être particulièrement difficile de comprendre pourquoi la culpabilité se déplace ainsi vers la personne qui a subi la violence, plutôt que vers celui qui l’a exercée.
Un travail psychothérapeutique peut notamment permettre que ces questions soient entendues et élaborées, sans transformer la consultation en tribunal où il faudrait déterminer ce que la personne aurait dû faire autrement.
Quand le corps semble se souvenir
Après un viol, la souffrance ne passe pas nécessairement uniquement par des pensées ou des souvenirs.
Elle peut également se manifester dans le corps.
Une proximité physique, une odeur, un geste, une position, une voix ou certaines circonstances peuvent parfois provoquer une réaction intense sans que la personne ait immédiatement compris ce qui l’a déclenchée.
Chez certaines personnes peuvent également apparaître des troubles du sommeil, des cauchemars, une vigilance importante, des réactions d’angoisse ou des conduites d’évitement. Les syndromes psychotraumatiques peuvent comporter différentes manifestations psychiques, physiques ou cognitives.⁴
Mais toutes les personnes ayant subi un viol ne présentent pas les mêmes manifestations.
L’absence de certains symptômes ne signifie pas que l’événement n’a pas été traumatique, pas davantage que la présence de symptômes permettrait à elle seule de raconter ce qu’une personne a vécu.
« Je pensais que c’était derrière moi »
Il arrive qu’un viol ancien revienne occuper une place importante des mois ou des années après les faits.
Une nouvelle relation amoureuse, une grossesse, une naissance, une séparation, une rencontre, une expérience sexuelle ou parfois un événement apparemment sans rapport peuvent venir réactiver quelque chose de cette histoire.
La personne peut être surprise :
« Pourquoi maintenant ? »
Le temps psychique ne suit pas nécessairement le temps chronologique.
Un événement peut avoir eu lieu longtemps auparavant et continuer à produire des effets, ou prendre une signification différente à un autre moment de la vie.
Cela ne signifie pas que rien ne s’est passé entre-temps ni que la personne serait restée psychiquement figée au moment du viol.
Il arrive aussi que l'événement ait été tenu à distance pendant des années, au point de sembler presque absent de l'histoire de la personne. Il peut ne pas être pensé, ne pas être reconnu comme un viol, parfois même être vécu comme si rien ne s'était passé. Certains éléments peuvent néanmoins réapparaitre ponctuellement, avant d'être de nouveau écartés.
Un événement actuel peut alors venir bouleverser cet équilibre et faire surgir autrement ce qui avait jusque là été maintenu à distance.
Un viol peut-il modifier le rapport à la sexualité ?
Après un viol, la sexualité peut devenir une source de difficultés pour certaines personnes.
Le contact physique peut susciter de l’angoisse. Certaines situations peuvent être évitées.
Le désir peut se modifier ou disparaître pendant un temps. Des difficultés peuvent également apparaître dans la sexualité : douleurs lors des rapports, vaginisme, difficultés érectiles, troubles de l’éjaculation ou de l’orgasme.
Ces manifestations peuvent avoir des causes multiples et ne témoignent pas nécessairement, à elles seules, d’un traumatisme sexuel. Lorsqu’elles apparaissent après un viol ou une agression sexuelle, elles peuvent néanmoins faire partie des difficultés rencontrées par la personne.
Les effets sur la sexualité ne prennent pas toujours la forme d’un évitement ou d’un retrait.
Chez certaines personnes, la sexualité peut au contraire occuper une place particulièrement importante. Une hypersexualisation, une multiplication des relations ou des expériences sexuelles, ou encore un investissement très marqué de la séduction peuvent parfois apparaitre.
Ces manifestations ne permettent évidemment pas, à elles seules, de déduire l’existence de violences sexuelles passées. Mais lorsqu’elles s’inscrivent dans une histoire marquée par un viol ou des agressions sexuelles, elles peuvent faire partie des questions qui émergent dans le travail psychothérapeutique.
Après un viol ou une agression sexuelle, certaines personnes peuvent également s’interroger sur les réactions qu’a pu avoir leur corps au moment des faits.
Une réaction corporelle ne constitue pas en elle-même l’expression d’un consentement ou d’un désir.
Pouvoir distinguer ce qui relève d’une réaction corporelle de ce qui relève du désir peut parfois être important lorsque ces questions alimentent la honte ou la culpabilité.
La colère après un viol
La colère peut être dirigée vers l’agresseur.
Mais elle peut également se déplacer.
Vers ceux qui n’ont pas vu.
Ceux qui n’ont pas cru.
Ceux qui ont minimisé.
Vers une institution.
Vers des proches.
Et parfois vers soi-même.
Certaines personnes peuvent au contraire éprouver très peu de colère et s’interroger sur cette absence.
Là encore, il n’existe pas d’affect que la personne devrait ressentir.
Un travail psychologique n’a pas pour objectif de produire la « bonne » émotion face à ce qui s’est passé, mais de permettre que ce qui est éprouvé — ou parfois ce qui ne peut pas encore l’être — puisse trouver une place.
Faut-il raconter son viol à son psychologue ?
Consulter un psychologue après un viol ne signifie pas devoir livrer un récit exhaustif de l’agression dès les premières séances.
Certaines personnes souhaitent raconter précisément ce qui s’est passé.
D’autres commencent ailleurs.
Elles parlent de leurs angoisses, de leur couple, de leur sommeil, de leur corps, de leur sexualité, de leur difficulté à faire confiance, d’une tristesse, d’une colère ou simplement du sentiment que quelque chose ne va plus comme avant.
Le travail peut commencer là.
La parole ne devrait pas devenir une nouvelle contrainte.
Pouvoir choisir ce qui peut être dit, à quel moment et de quelle manière participe aussi à la possibilité de retrouver une place de sujet là où la personne a précisément subi quelque chose qui lui a été imposé.
Est-il « trop tard » pour consulter après un viol ancien ?
Il n’existe pas de délai psychologique au-delà duquel ce qui a été vécu ne pourrait plus être abordé.
Certaines personnes consultent peu après les faits. D’autres plusieurs années ou plusieurs décennies plus tard.
Le motif de consultation n’est d’ailleurs pas toujours initialement formulé autour du viol.
Une personne peut venir pour une angoisse, des difficultés relationnelles, une souffrance dans la sexualité, une tristesse, des difficultés corporelles ou quelque chose qui semble se répéter dans son histoire.
Au cours du travail, un événement ancien peut alors prendre une place différente.
Il ne s’agit pas nécessairement de faire du viol l’explication de toutes les difficultés présentes.
Une personne ne se résume jamais à l’événement traumatique qu’elle a subi.
Parler d’un viol signifie-t-il devoir porter plainte ?
La démarche psychologique et la démarche judiciaire sont deux démarches distinctes.
Une personne peut avoir besoin de parler de ce qu’elle a vécu sans être prête à entreprendre immédiatement une démarche judiciaire, ou sans souhaiter le faire.
Le psychologue n’a pas à transformer l’espace thérapeutique en interrogatoire judiciaire.
Lorsque la personne souhaite parallèlement être informée ou accompagnée dans ses démarches, des professionnels du droit et des associations d’aide aux victimes peuvent intervenir en complément.
Que peut permettre un travail psychologique après un viol ?
Il serait trompeur de promettre qu’une psychothérapie permettrait d’« effacer » ce qui s’est passé.
L’événement appartient à l’histoire de la personne.
Mais appartenir à son histoire ne signifie pas nécessairement devoir continuer à envahir son présent de la même manière.
Le travail psychologique peut permettre de mettre progressivement en mots ce qui a parfois été impossible à penser, d’interroger la culpabilité ou la honte, d’entendre ce que l’événement a bouleversé dans la relation au corps, aux autres, au désir ou à soi-même.
Il peut aussi permettre que le viol cesse progressivement d’occuper toute la place.
Non pas oublier.
Non pas faire comme si cela n’avait pas eu lieu.
Mais pouvoir inscrire ce qui s’est passé dans une histoire qui ne se réduit pas à ce qui a été subi.
Consulter un psychologue après avoir subi un viol à Levallois-Perret
Je reçois dans mon cabinet de psychologie à Levallois-Perret les adultes et adolescents confrontés aux conséquences psychiques d’un viol ou d’une agression sexuelle, que les faits soient récents ou anciens.
Une première consultation peut permettre de commencer à mettre en mots ce qui fait souffrance, sans obligation de raconter immédiatement l’agression ni d’en livrer les détails.
Le rythme du travail se construit progressivement, à partir de ce que la personne peut et souhaite déposer dans cet espace.
Pour prendre rendez-vous, vous pouvez me contacter par téléphone au 06 15 15 61 63 ou prendre rendez-vous directement sur Doctolib.
Sources
1. Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF), Les chiffres de référence sur les violences faites aux femmes. Arrêtons les violences – Chiffres de référence
2. Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), violences sexuelles faites aux enfants : " On vous croit ", rapport public, 2023.
3. Gouvernement français, Arrêtons les violences – Violences sexuelles.
4. Haute Autorité de santé, Evaluation et prise en charge des syndromes psychotraumatiques - Enfants et adultes, note de cadrage, 2020.


