Le rêve, une énigme de l’inconscient
31 août
8 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 sept.

« J’ai fait un rêve complètement bizarre cette nuit. Ça n’avait aucun sens. »
Un lieu qui se transforme brusquement en un autre. Une personne dont on sait parfaitement qui elle est alors qu’elle ne lui ressemble pas. Des époques qui se mélangent. Une scène qui paraît parfaitement logique pendant le sommeil et complètement absurde une fois réveillé.
Pourquoi faisons-nous des rêves si étranges ? Pourquoi certains rêves semblent-ils n’avoir aucun sens ? Et pourquoi certains restent-ils en mémoire tandis que d’autres disparaissent presque immédiatement au réveil ?
Depuis les débuts de la psychanalyse, le rêve occupe une place particulière dans l’exploration de la vie psychique.
Avec L’Interprétation du rêve, Freud propose de ne plus considérer le rêve comme une simple succession d’images dépourvues de sens, mais comme une production psychique susceptible de nous conduire vers ce qui échappe à notre conscience.
Le rêve peut être étrange, décousu, contradictoire, parfois même franchement absurde. Pourtant, derrière cette apparente incohérence, quelque chose de la vie inconsciente du sujet et de son désir peut venir à se dire.
Pourquoi mes rêves sont-ils si bizarres ?
Lorsque nous racontons un rêve au réveil, nous essayons souvent de lui redonner une certaine logique.
Pourtant, le rêve lui-même ne respecte pas nécessairement celle de la pensée éveillée.
Les lieux peuvent se superposer. Les époques se mélangent. Une personne peut en représenter plusieurs à la fois. Un détail apparemment insignifiant peut prendre une place considérable tandis qu’un événement qui devrait nous bouleverser semble, dans le rêve, parfaitement banal.
« Dans mon rêve, je savais que c’était ma mère, mais elle ne ressemblait pas du tout à ma mère. »
Ou encore :
« Pourquoi je fais des rêves aussi bizarres ? »
« Mes rêves n’ont aucun sens. »
Cette étrangeté n’est pas, pour Freud, la preuve que le rêve serait dépourvu de sens.
Elle conduit au contraire à s’intéresser à ce qu’il appelle le travail du rêve.
Le travail du rêve : pourquoi le rêve ne dit-il pas les choses directement ?
Le rêve ne présente pas nécessairement de manière directe ce qui se joue dans la vie psychique.
Freud distingue le contenu manifeste du rêve — c'est à dire le rêve tel qu'il apparait au réveil et peut être raconté — de son contenu latent, constitué des pensées et des désirs inconscients auxquelles le travail d'analyse peut permettre d'accéder.
Entre les deux intervient ce qu’il appelle le travail du rêve.
Celui-ci transforme ce qui cherche à se représenter. Il condense, déplace, déforme et met en images différents éléments de la vie psychique.
Le rêve ne parle donc pas comme nous parlerions consciemment d’une inquiétude, d’un conflit ou d’un désir.
Il procède autrement.
Et c’est précisément ce travail de transformation qui peut donner au rêve son caractère énigmatique.
Condensation, déplacement et mise en images : comment se construit un rêve ?
Parmi les mécanismes décrits par Freud, la condensation occupe une place essentielle.
Plusieurs représentations peuvent se trouver réunies dans un même élément du rêve.
Une personne peut ainsi condenser des traits appartenant à plusieurs individus. Un lieu peut en évoquer plusieurs simultanément. Une seule image peut porter différentes chaînes de pensées.
Le déplacement correspond à un autre mécanisme : l’intensité psychique attachée à une représentation peut se déplacer vers un élément qui paraît, au premier abord, beaucoup plus secondaire.
Ainsi, ce qui semble central dans le récit du rêve ne l’est pas nécessairement dans les associations du rêveur. Et un détail apparemment insignifiant peut, au contraire, conduire vers quelque chose de particulièrement important.
Le rêve transforme également les pensées en images, scènes et représentations visuelles : c’est ce que Freud désigne notamment à travers le travail de figurabilité.
Le rêve semble alors parler par détours. Il transforme, rapproche, substitue, déplace.
Dans sa relecture de Freud, Lacan rapprochera notamment les mécanismes de condensation et de déplacement de ceux de la métaphore et de la métonymie, dans sa conception d’un inconscient structuré comme un langage.
Ce qui apparaît comme une image étrange ou une scène absurde peut donc être entendu non comme une absence de sens, mais comme une autre manière pour quelque chose de l’inconscient de venir à se dire.
Le rêve comme rébus : pourquoi un rêve absurde peut-il avoir un sens ?
Freud propose une comparaison particulièrement éclairante : le rêve peut être abordé comme un rébus.
Face à un rébus, regarder chacune des images uniquement pour ce qu’elle représente ne permet pas nécessairement de comprendre ce qui s’y écrit. Les éléments doivent être considérés autrement, dans les relations qu’ils entretiennent et dans ce vers quoi ils conduisent.
Il en va de même pour le rêve.
Une maison n’est pas nécessairement simplement une maison. Un voyage n’est pas nécessairement un voyage. Une chute, une porte, un animal, un enfant ou une personne disparue ne possèdent pas davantage une signification qui pourrait être déterminée à l’avance.
Le rêve peut ainsi apparaître absurde, contradictoire ou décousu précisément parce que ce qui s’y exprime a été transformé, condensé, déplacé et mis en images.
Son apparente absurdité ne signifie donc pas absence de sens.
Sous une forme énigmatique, quelque chose d’une vérité du sujet et de son désir inconscient peut s’y faire entendre.
Le rêve, la « voie royale » vers l’inconscient
Le rêve occupe une place fondamentale dans la découverte freudienne de l’inconscient.
Dans L’Interprétation du rêve, Freud en fait une voie privilégiée vers la connaissance de l’inconscient. Il y développe également sa conception du rêve comme accomplissement de désir, tout en montrant combien ce désir peut être transformé et rendu méconnaissable par le travail du rêve.
Cela ne signifie donc pas que le rêve révélerait brutalement une vérité cachée qu’il suffirait ensuite à l’analyste de décoder.
Bien au contraire.
Si le rêve constitue une voie vers l’inconscient, cette voie est indirecte.
Elle passe par des images, des déplacements, des condensations, des fragments, des mots et, surtout, par les associations auxquelles le rêve donne lieu lorsqu’il est raconté.
C’est précisément ce qui fait du rêve une énigme de l’inconscient.
Existe-t-il une signification universelle des rêves ?
« J’ai rêvé que je perdais mes dents : qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Que signifie rêver d’une personne morte ? »
« Pourquoi je rêve toujours de la même personne ? »
Ces questions sont extrêmement fréquentes.
Pourtant, dans une approche psychanalytique, il n’existe pas de dictionnaire permettant d’attribuer automatiquement une même signification à une même image.
Deux personnes peuvent rêver de la mer sans que la mer représente la même chose pour chacune.
Pour l’une, elle pourra faire surgir un souvenir d’enfance. Pour une autre, une séparation. Pour une troisième, un voyage, une peur, une personne ou une sensation que personne d’autre n’aurait pu anticiper.
Un rêve ne s’interprète donc pas indépendamment de celui qui l’a rêvé.
Ce n’est pas l’image isolée qui fournit sa signification.
Ce sont notamment les associations libres du rêveur qui permettent progressivement d’en suivre les fils.
L’analyste ne possède donc pas une clé permettant de traduire le rêve à la place du sujet.
Pourquoi oublie-t-on ses rêves ?
Il arrive de se réveiller avec le souvenir extrêmement précis d’un rêve : une scène, un visage, une phrase ou une sensation restent présents pendant plusieurs heures, parfois même plusieurs années.
À l’inverse, certains rêves semblent disparaître presque immédiatement au réveil.
« Je sais que j’ai rêvé cette nuit, mais je ne me souviens plus de rien. »
« Pourquoi est-ce que j’oublie mes rêves dès que je me réveille ? »
Sur le plan du fonctionnement du sommeil et de la mémoire, le souvenir d’un rêve dépend notamment des conditions et du moment du réveil. Nous pouvons rêver sans que ces productions soient ensuite durablement inscrites en mémoire.
Mais Freud s’intéresse également à l’oubli du rêve lui-même.
Ce qui est oublié, ce qui ne revient que par fragments, ce qui devient flou ou ce dont le rêveur dit « je ne sais plus » n’est pas nécessairement dépourvu d’intérêt dans le travail analytique.
Il n’est donc pas nécessaire de se souvenir parfaitement d’un rêve pour pouvoir en parler en séance.
Une image peut suffire.
Un mot. Une sensation. Un fragment de scène.
Parfois même, le souvenir très imprécis qu’« il y avait quelque chose, mais je ne sais plus quoi » peut conduire à des associations.
Pourquoi certains rêves restent-ils en mémoire ?
À l’inverse, certains rêves résistent étonnamment au temps.
« Pourquoi est-ce que je me souviens encore de ce rêve des années après ? »
Un rêve peut avoir été particulièrement intense sur le plan émotionnel ou avoir été mémorisé parce que le réveil est survenu à proximité de celui-ci.
Mais dans le travail analytique, une autre question peut également être posée : pourquoi est-ce précisément ce rêve-là qui est resté ?
Il n’existe, là encore, aucune réponse universelle.
Ce qui importe est ce que ce souvenir vient évoquer pour celui qui le raconte aujourd’hui.
La question n’est donc parfois plus seulement :
« Pourquoi ai-je fait ce rêve ? »
mais :
« Pourquoi est-ce celui-là dont je me souviens ? »
Pourquoi est-ce que je fais toujours le même rêve ?
Certains rêves ou certains scénarios semblent revenir.
Un même lieu réapparaît. Une personne est régulièrement présente. Une situation se répète. Parfois, le scénario change légèrement mais semble toujours tourner autour de quelque chose de similaire.
« Pourquoi est-ce que je fais toujours le même rêve ? »
Il serait là encore réducteur d’attribuer une signification universelle aux rêves répétitifs.
Mais lorsqu’un rêve revient, la répétition elle-même peut devenir une question.
Qu’est-ce qui insiste ?
Qu’est-ce qui revient sous des formes différentes ?
Pourquoi cette scène réapparaît-elle précisément à certaines périodes ?
À quoi conduit-elle lorsque la personne commence à en parler ?
Le rêve répétitif peut ainsi devenir un matériau particulièrement intéressant dans le travail analytique.
Peut-on parler de ses rêves en séance ?
Oui.
Et un rêve n’a pas besoin d’être spectaculaire, cohérent ou particulièrement impressionnant pour pouvoir être raconté.
« J’ai fait un rêve cette nuit, mais je ne sais pas si ça a un intérêt. »
Justement.
Lorsqu’un rêve reste en mémoire, l’apporter en séance peut constituer un matériau clinique particulièrement précieux.
Il n’est pas nécessaire d’avoir compris son rêve avant de venir. Il n’est pas non plus nécessaire de s’en souvenir parfaitement.
Un fragment, une image, une phrase entendue dans le rêve, une sensation ou un détail apparemment insignifiant peuvent suffire.
Ce qui importe n’est alors pas uniquement ce qui a été rêvé, mais également la manière dont le rêve est raconté.
Les mots employés. Les hésitations. Les oublis. Les contradictions. Ce qui surprend. Ce qui fait rire. Ce qui paraît absurde.
Et surtout, ce qui vient à l’esprit lorsque la personne commence à associer librement à partir des différents éléments de son rêve.
C’est là que le rêve peut devenir d’une très grande richesse clinique.
Qui interprète le rêve en psychanalyse ?
L’analyste ne possède pas la traduction du rêve à la place du rêveur.
Il ne s’agit pas d’entendre « maison », « serpent », « train », « eau » ou « chute » et d’y associer immédiatement une signification prédéterminée.
L’interprétation analytique s’appuie sur la parole singulière du sujet et ses associations.
Le psychologue peut entendre un rapprochement, relever une répétition, un mot, une contradiction ou un élément qui revient.
Mais le rêve prend sens dans le tissu particulier de l’histoire et de la parole de celui qui le raconte.
C’est pourquoi deux rêves apparemment semblables peuvent conduire vers des éléments psychiques profondément différents.
Le rêve n’est pas un rébus dont l’analyste posséderait à l’avance la solution.
C’est dans ce qui se déploie lorsque le rêveur en parle que certains de ses fils peuvent progressivement apparaître.
Pourquoi le rêve peut-il être si précieux dans un travail psychanalytique ?
Le rêve peut parfois conduire vers une pensée que l’on n’avait jamais formulée, un souvenir que l’on croyait oublié, une contradiction, une inquiétude, un conflit ou un désir que l’on ne parvenait pas jusque-là à mettre en mots.
Il ne délivre pas une vérité toute faite.
Mais parce qu’il déplace, condense, transforme et met en images ce qui traverse la vie psychique, il peut constituer une voie particulièrement féconde pour entendre quelque chose de ce qui se joue à notre insu.
Un rêve apparemment absurde peut ainsi devenir le point de départ d’une association inattendue.
Et parfois, une phrase aussi simple que :
« Cette nuit, j’ai fait un rêve vraiment bizarre… »
ouvre en séance un chemin que ni le patient ni le psychologue n’avaient prévu.
Dans mon cabinet de psychologue à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, proche de Paris, je propose un travail d’orientation psychanalytique dans lequel les rêves peuvent trouver toute leur place lorsqu’ils surgissent dans la parole du patient.
Ils peuvent alors être entendus non à partir d’une grille d’interprétation préétablie, mais à partir des associations singulières auxquelles ils donnent lieu.
Référence psychanalytique :
Sigmund Freud, L'interprétation du rêve (1900).


